" Mesdames et Messieurs, très chers frères et sœurs!
1. Je vous adresse à tous un salut cordial, responsables, membres et employés de la Commission pontificale d'Archéologie sacrée qui, avec les directeurs des cinq catacombes ouvertes à Rome, avez voulu me rendre visite aujourd'hui.
Je remercie Mgr. Francesco Marchisano, Président de la Commission pontificale pour les Biens culturels de l'Eglise ainsi que de la Commission pontificale d'Archéologie sacrée, des paroles qu'il vient de m'adresser, s'exprimant également en votre nom à tous. Je vous exprime à tous ma reconnaissance pour le travail que vous accomplissez avec dévouement, conscients de la profonde signification historique et spirituelle que revêtent les monuments dont vous avez la charge.
Je me réjouis avec vous de l'œuvre que la Commission pontificale, à laquelle vous appartenez, accomplit en conservant, en aménageant et en étudiant les catacombes chrétiennes du bassin méditerranéen. La plus grande partie de son activité concerne l'Italie, et de façon particulière Rome et ses environs. Il suffit de penser, pour se rendre compte du mérite de votre activité, aux cinq catacombes romaines de Saint-Callixte, Saint-Sébastien, Sainte-Domitille, Sainte-Priscille et Sainte-Agnès, actuellement ouvertes au public et qui sont le but plein de signification de tant de pèlerins qui arrivent dans la ville éternelle.
2. En visitant ces monuments, l'on entre en contact avec les traces évocatrices du christianisme des premiers siècles et l'on peut, pour ainsi dire, toucher du doigt la foi qui animait ces antiques Communautés chrétiennes. En parcourant les galeries des catacombes, l'on aperçoit de nombreux symboles de l'iconographie de la foi: le poisson, symbole du Christ; l'ancre, image de l'espérance; la colombe, représentation de l'âme du croyant et, à côté des noms inscrits sur les sépultures, la formule de vœu très fréquente: " in Christo ". Ce sont autant de témoignages de la ferveur spirituelle qui animait les premières générations chrétiennes. En découvrant ce monde, les chrétiens d'aujourd'hui peuvent y puiser des encouragements utiles pour leur vie et pour un engagement plus incisif dans la Nouvelle Evangélisation.
Comment ne pas s'émouvoir devant les vestiges, humbles mais si éloquents, de ces premiers témoignages de la foi? Comment ne pas se sentir édifiés, par exemple, devant la sépulture de la jeune Agnès sur la via Nomentana ou sur celle du diacre Lorenzo dans les catacombes du Verano?
Dès le début du christianisme, mes prédécesseurs ont eu les catacombes à cœur. Le Pape Zéphyrin fut le premier à vouloir en créer une sur la via Appia pour la communauté de Rome, la confiant à la responsabilité du diacre Callixte qui, une fois devenu Pape, donna son nom à ce qui devint le plus grand ensemble de catacombes romaines.
Le Pape Saint Damase, au cours de son pontificat, rechercha les tombes des martyrs pour les décorer, et il composa de splendides épigraphes métriques exaltant les hauts faits des ces audacieux témoins de l'Evangile.
Même lorsque les catacombes connurent une sorte d'abandon forcé, à la suite des invasions barbares, certaines d'entre elles continuèrent à être le but de pèlerinages ininterrompus. Les zones où étaient conservées les sépultures des martyrs devinrent, durant les siècles du haut Moyen-Âge, des lieux de dévotion pour les pèlerins provenant d'Italie, d'Europe et du bassin méditerranéen.
3. La redécouverte des catacombes, comme objet d'étude et de réflexion spirituelle, eut cependant lieu à partir de la fin du XVIe siècle, lorsqu'un groupe d'érudits forma un cercle culturel actif autour de la grande personnalité de Saint Philippe Neri. Le "Christophe Colomb des catacombes romaines" - comme il fut défini - fut l'archéologue maltais Antonio Bosio, qui localisa trente des soixante cimetières chrétiens de l'Urbs.
Dès lors, l'intérêt pour les catacombes ne cessa jamais et atteint son sommet vers la moitié du XIXe siècle, lorsqu'à la suite de l'heureuse rencontre de deux grandes personnalités, le Pontife Pie IX et l'archéologue romain Giovanni Battista de Rossi, naquirent l'Archéologie chrétienne, comme discipline historique et scientifique, et la Commission d'Archéologie sacrée, instituée le 6 janvier 1852 pour une protection et une surveillance plus efficace des cimetières et des antiques édifices chrétiens de Rome et de ses environs, ainsi que pour des fouilles et une exploration systématique des cimetières eux-mêmes.
Les résultats récompensèrent ces efforts généreux. Le Pape Pie IX, frappé par les découvertes importantes effectuées par de Rossi au cours de ces années dans les catacombes de Saint-Callixte - où avait été retrouvé le cubiculum qui accueillait les tombes de nombreux Pontifes du IIIe siècle -, voulut visiter personnellement les fouilles et, s'arrêtant en prière devant ces Saintes tombes, il s'émut jusqu'aux larmes.
Ce fut le Pape Pie XI qui définit, par un Motu Proprio de 1925, les compétences de la Commission pontificale d'Archéologie sacrée, dont l'action relative aux catacombes fut ensuite précisée par des normes qui firent l'objet d'un concordat avec les autorités italiennes (cf. AAS, Inter Sanctam Sedem et Italiam Conventiones, 18 fév., 15 nov. 1984, Cité du Vatican 1985, art. 12, 2).
4. Notre regard se tourne à présent vers le rendez-vous historique du Grand Jubilé, durant lequel les catacombes de Rome deviendront des lieux privilégiés de prières et de pèlerinages. En parcourant les galeries de ces lieux sacrés, les visiteurs pourront sentir l'atmosphère des premières conversions à l'Evangile; ils pourront s'arrêter pour se recueillir devant les tombes des premiers témoins du Christ et de son message de salut.
Afin que cela puisse se réaliser pleinement, vous avez déjà commencé à travailler en collaboration avec d'autres institutions, comme la Ville de Rome et la Surintendance archéologique, en parfaite harmonie avec les projets et l'activité du Comité central pour le Grand Jubilé de l'An 2000.
Avec les grandes basiliques romaines, les catacombes devront représenter une destination nécessaire pour les pèlerins de l'Année Sainte. Je suis reconnaissant à votre Commission pontificale d'Archéologie sacrée qui y travaille avec ardeur. Elle fait, en particulier, tout son possible pour rendre de nouvelles catacombes et d'autres monuments accessibles au public. Je saisis volontiers l'occasion pour manifester ma vive satisfaction aux responsables et aux membres de la Commission pontificale d'Archéologie sacrée, ainsi qu'aux directeurs des catacombes de Rome, tout en ayant une pensée particulière pour les employés, les " fossores ", qui accomplissent leur travail délicat avec compétence et dévouement.
J'adresse à tous l'expression de ma vive reconnaissance. Je vous remercie de vos efforts et de la contribution qualifiée que vous offrez à l'évangélisation, à travers votre activité.
Je vous confie à la protection maternelle de Marie, Reine des martyrs, ainsi que votre travail, et je donne de tout cœur à chacun de vous et à vos familles une Bénédiction apostolique spéciale. "
L'Osservatore Romano, édition française, nº 28, 9 juillet 1996, p. 10; (nous soulignons).
L'Osservatore Romano, hebdomadaire en langue française nº 20, 19 mai 1998
